
Drôle d'idée 1
La tétine
Drôle d’idée que la tétine !
Ce bouchon qui réduit notre bébé/petit à un orifice d’où surgirait quelque chose de désagréable !
Nous t’attendions, bébé, faisant le rêve humain d’un accueil 7/7, inconditionnel, joyeux, généreux, ravi.
Où est passé ce ravissement ?
Qu’en est-il de cette disponibilité chaleureuse ?
Coup de théâtre !
Ton gazouillis nous empêche de nous concentrer.
Ta plainte nous contrarie, par le sentiment d’impuissance qu’elle génère.
Ton cri nous insupporte.
Ta demande nous reste trop difficile à déchiffrer – surtout la nuit, surtout en public.
Alors, la tétine te somme de te taire, de trouver dans ce bout de plastique une consolation « automatique »,
un substitut de bras et de paroles.
La première fois que tu es « bouché », j’imagine ta surprise.
Je crains qu’ensuite tu te lasses.
Je redoute que tu te résignes.
Je déplore que tu puisses choisir alors de renoncer à toutes ces tentatives de créer du lien, de faire des demandes,
c’est-à-dire d’exister.
Les Analystes Transactionnels nomment « injonctions » ces messages non verbaux qui nous privent, très tôt,
des permissions de vivre pleinement et d’élaborer cette précieuse légitimité, fondement de confiance en soi.
A la tétine, j’associe le message « n’existe pas ! ».
Pas le droit de parler, de pleurer, de t’affirmer dans notre monde.
Tu seras toléré si tu te tiens tranquille, si tu es sage/gentil/silencieux.
Tu seras aimé à certaines conditions, notamment celle de ne pas me troubler dans mon confort.
La tétine « ta gueule » comme l’appelle ma pédiatre préférée.
La tétine comme impératif à l’efficacité suspecte.
La tétine comme premier message paradoxal :
Tu es humain, c’est-à-dire doué de parole.
Je t’empêche d’avoir accès à cette forme de relation.
Tu es toi / tais-toi !
La tétine comme disqualification de nos petits comme humains et de nous-mêmes comme parents responsables.
La tétine comme signe de nos difficultés à faire des choix :
Un enfant, oui
La priorité à ses besoins, non
Mais priorité à mes désirs de tranquillité, si, si !
Zut alors, pense le bébé.
Jusqu’à quand ?
Que vais-je inventer pour mettre un terme à cette torture ?