Drôle d'idée 19
Non assistance

 

Devant les tribunaux, dans le meilleur des cas, la parole est donnée aux principaux protagonistes :
 la victime, son avocat ou tout autre représentant l’accusé, son avocat ou son représentant.
Cela donne ou redonne à chacun sa place sinon sa responsabilité.
Chacun est ainsi reconnu dans son statut de victime, d’accusé ou de coupable.


Mais qu’en est-il de la parole de celui qui s’est tu, justement ?
Celui dont le silence a pu valider, entretenir, parfois amplifier la violence subie par la
victime.


Faute de comparaître et d’être interrogé, peut-il s’interroger sur son rôle ?
De quelle autorisation ce témoin silencieux a-t-il manqué ?
De quels modèles ?
De quelle liberté ?
Au moment du procès, comment peut-il se réapproprier, loin des aveux, des déclarations, des débats, sa part de responsabilité ?
Comment peut-il prendre lui aussi sa place sur la scène de la violence évoquée et restaurer cette confiance qui lui a fait défaut ?
C’est héroïque de faire le choix de dénoncer un abus.
Cela signifie plonger dans les eaux sales de toutes les violences réunies : les mensonges, les manipulations,
les horreurs de ce qui était impossible à imaginer, les secrets, les pactes…

 

Qui sont ces fantômes qui comme par enchantement disparaissent de la scène des drames ?

 

Ces accusés se taisent au procès de Nuremberg.
Ces ombres chinoises dans les scandales tels Outreaux …

Ces marionnettes qui « passent à côté » ; qui refusent de s’inquiéter d’une situation malsaine, de donner l’alerte, de réagir au propos confus d’un adolescent passe-muraille, de lui parler, qui préfèrent sourire d’une histoire suspecte
circulant au collège au lieu de poser des questions, qui tentent de justifier la violence verbale
d’un éducateur au lieu de la dénoncer, qui ne manifestent ni surprise, ni colère, ni indignation.


Qui sont ces adultes dont la présence n’est nullement synonyme de bon sens, implications, alarme, autorité ?
Ces adultes qui ont choisi d’être aveugles, muets ou amnésiques ?


Il est vrai qu’il en faut du courage pour affronter les ennuis, les soupçons, la
désapprobation des proches qui voudraient eux aussi la paix et le confort de l’ignorance.