
Drôle d'idée 2
Bizutage
Comment expliquer notre passivité, notre surdité à cette torture d’un autre âge,
dans les lycées des beaux quartiers ?
D’autres formes de violence éducative sont objet de débats,
mais celle-ci est tellement obscène qu’elle reste « tue », cachée derrière les hauts murs des
établissements d’études secondaires ou supérieures.
Elle fait penser aux scandales enfin révélés des violences commises, dans ces
pensions réputées, sur le corps et l’âme des élèves qui sont aujourd’hui nos pères
ou nos mères, grands-mères, grands-pères, éducateurs, directeurs, recteurs.
Nous lisons avec effroi les abus qu’ils ont subis, la honte qui les a ensuite
accompagnés, l’horreur de ces menaces, mortifications, blessures.
Et nous laissons ce régime de terreur se prolonger en (presque) toute impunité, en
fermant les yeux sur ce scandale, en craignant de dénoncer cette pratique
dommageable pour chacun : victime, témoin ou acteur des sévices imposés.
Quelles sont les racines du bizutage et de son maintien, en dépit de ses risques avérés ?
Et surtout, quels sont les prétextes à notre aveuglement face à ce tabou résistant ?
Qui aidera ces jeunes adultes à s’approprier une élémentaire capacité à dire non et à mettre un terme à cet engrenage ?
A qui profite ce crime ?
Qui va dépasser une indignation a posteriori pour poser un interdit suivi d’effet ?
Qui va dénoncer – avec efficacité – ces humiliations encore banalisées ?
Qui fera reconnaître le cynisme et la perversité de cette tradition ?
Qui osera dire, non pas « le roi est nu » mais « nos jeunes sont en danger » ?
Qui reconnaîtra qu’ils sont l’objet de manipulations et de dérision ?
Et qui mettra enfin un terme à ce supplice inavoué car inavouable ?